Présentation et analyse

L'histoire

Il fut un temps qui fut celui du Roi Nole. Ce cruel seigneur de guerre, avide de richesses et de pouvoir, avait étendu son empire sur tous les royaumes du continent. La fin de son règne fut vécue comme une libération et la paix revint. Dès lors naquit la légende que, quelque part en ce monde, un immense trésor issus des campagnes du tyran avait été caché à l'abri de tous, attendant d'être réclamé par un nouveau possesseur.

D'aucuns se rappelèrent aussi que le roi Nole était versé dans les arts de sorcellerie les plus inquiétants.

Landstalker ? 

Landstalker - Le Trésor du Roi Nole est intitulé en version originale Landstalker - Kôtei no Zaihô, qui signifie Landstalker - Les richesses de l'Empereur.

Ce nom est formé de land (terre, pays, contrée) et stalker (chasseur, pisteur, traqueur). Globalement cela désigne donc celui qui chasse les trésors en parcourant nombre de pays. Il n'y a donc pas vraiment de traduction facile...d'autant plus que Climax est connu pour choisir parfois des noms anglais assez étranges. A noter que le jeu GTA a choisi Landstalker pour le nom d'une de ses voitures, et il est vrai que cela convient assez à un véhicule tout terrain : le pisteur terrestre !

Le terme Stalker a par la suite été utilisé dans des jeux plus ou moins dérivés créés aussi par Climax. Le mot a ceci de malheureux qu'il désigne également une personne coupable de harcellement, et donc un titre tel que "LadyStalker" (sorti sur Super Famicom) se révèle assez ambigu.

Personnages 

C'est par le biais de tout son casting que Landstalker se laisse plus facilement analyser. Le mot "casting" est d'ailleurs assez approprié car le jeu commence comme un film d'aventure, avec sous-titres indiquant lieu et temps ainsi que la présentation des réalisateurs (les programmeurs) ; le générique de fin participe aussi à cette impression puisque les noms des personnages y défilent tels des acteurs, avant même la liste complète de l'équipe technique. On a même droit au logo du procédé technique utilisé dans le jeu (le fameux DDS520) un peu comme on affiche les logos Dolby Digital ou Technicolor.

Landstalker est donc un film. Mais un film de quoi ?
L'univers de base hérite d'abord fortement de la fantasy de Tolkien : mis à part les humains on y trouve en effet elfes, nains, orcs, dragon, magicien dans sa tour... En marge de cela des monstres tels que les chest mimics (les faux coffres à trésor) font plus précisément penser à Donjons et Dragons. Landstalker a aussi son lot de races originales comme les bearings (le peuple ours). Cependant d'autres influences moins évidentes voire surprenantes peuvent être mises en avant, surtout en étudiant de plus près les personnages principaux.

Ryle

Ryle

 

Dans le mythe de Tolkien les elfes des bois sont présentés comme des êtres plutôt sensibles, proches de la nature et qui sont lors des combats traditionnellement portés sur l'arc qui demande finesse et précision.
Eh bien ici nous avons un elfe aventurier avec épée large double tranchant qui veut s'en mettre plein les poches afin de tout dépenser en vacances peinardes jusqu'à ce qu'il soit à nouveau à sec. Mais tout ça ne l'empêche pas d'être très sympa. Ce contraste est là pour nous annoncer la couleur : l'aventure va être rythmée, drôle et va casser certains codes. Le côté "proche de la forêt" est néanmoins conservé dans une certaine mesure : Ryle peut parler aux arbres qui lui permettront de se téléporter. Sa biographie nous dit qu'il est né dans un petit village elfe du pays de Maple et qu'il a désormais 88 ans, même s'il en paraît beaucoup moins.

Anecdote : en début de projet les ébauches de Tamaki le présentait comme assez caractériel et s'énervant facilement devant les problèmes (running gag classique) et il est possible que cette personnalité ait été par la suite reprise pour Sword, le héros de Time Stalkers. Finalement c'est une attitude plus 'cool' qui sera retenue, le meilleur exemple pour illustrer ça étant sans doute la séquence de fin en VO. Cependant les versions occidentales lui ont rajouté plus de caractère et une assurance naturelle qui se voit moins dans la version japonaise.

Il s'appelle Nigel dans les versions anglophones et Niels dans la version allemande. En VO son nom utilise les kanas [ra][i][ru], ce qui peut être un moyen de retranscrire le prénom Lyle...ou Ryle. Cette dernière orthographe a été choisie par Climax dans les crédits de fin. Vrai nom original ou bien simple problème d'engrish ? On ne le sait. Quoiqu'il en soit la VF a exceptionnellement conservé le nom japonais.

Le design de Ryle s'inspire très vraisemblablement d'un personnage de Shining Force portant le même nom (en VO) et également créé par Tamaki. La grande différence est que le Lyle de Shining Force est un centaure et qu'il se bat au bazooka ! Tous deux présentent un caractère assez insouciant, genre rentre-dedans.

Lyle de Shining Force
Lyle de Shining Force 

Toutefois le personnage de jeu video auquel on a le plus comparé Ryle est bien Link de la série des Zelda. Après tout, ce sont deux guerriers elfes héros d'un action-RPG emblématique... Pourtant Ryle semble bien plus être une sorte d'anti-thèse de Link, aux motivations plus égoistes, ce qui était une vraie démarcation à l'époque. D'ailleurs si on veut jouer les puristes Link n'est pas un elfe mais un hylien ; la différence peut sembler purement linguistique mais s'affirme lorsqu'on découvre les trognes de certains hyliens, absolument impossibles à associer à des elfes ! A l'inverse Ryle est doté d'une éternelle jeunesse, propre à faire chavirer les cœurs à son passage... Il est amusant de constater que la même chose se produit pour Link dans Ocarina of Time.

Difficile sinon de ne pas voir que Ryle tient assez d'Indiana Jones au départ : en effet à qui pense-t-on en voyant un aventurier chiper dans un temple une vieille relique et se faire courser par une boule géante ?

 Gourry Gabriev

Une autre influence moins évidente semble planer sur le jeu. Le fait que Ryle soit plus hésitant en VO (disons-le : souvent un peu paumé!) fait penser qu'il pourrait avoir hérité du personnage de Gourry Gabriev de la saga Slayers. En effet ces deux blondinets, l'un mercenaire et l'autre chasseur de trésor (des rôles qu'ils savent inverser) sont très doués à l'épée et n'utilisent pas la magie. Certes, ces quelques points communs sont assez minces...mais il se trouve que l'on peut faire beaucoup d'autres comparaisons entre les personnages de Slayers et de Landstalker, au point que je consacrerai pour chacun un petit paragraphe sur le sujet.

Friday

Friday

 

Une nymphe des bois originaire de l'île de Mercator où se trouve son village natal, Twinkle. Elle a connu l'époque du Roi Nole et a de toute évidence eut connaissance d'indices liant le trésor et l'île. Dans la VO c'est une succube âgée d'à peu près 120 ans. Bien qu'appartenant à une race d'apparence démoniaque elle aime l'honnêteté et la justice et sait faire preuve de compassion. C'est moins par appât du gain et plus pour payer sa dette envers Ryle qu'elle le guide vers le trésor. Elle s'attache assez vite à lui mais son caractère possessif ses sentiments à sens unique n'arrangeront pas toujours leurs rapports !

Les versions occidentales ont préféré l'apparenter à la race des nymphes des bois. Elle s'appelle d'aileurs Flora dans la version allemande. C'est un personnage très emblématique : Climax Entertainment utilise sa silhouette comme logo, et beaucoup de fanarts la prennent pour modèle.

Son utilité dans l'aventure est énorme car pour peu qu'on dispose encore d'un EkeEke en réserve elle permet la résurrection automatique du héros. Cela n'est pas sans rapeller les fées de Zelda - A Link to the Past qui permettaient la même chose si on pensait à en capturer quelques unes en bocal. Friday est cependant un personnage à part entière, qui contribue grandement au scénario et aux dialogues. A vrai dire on peut se demander dans quelle mesure Zelda n'aurait pas lui-même par la suite repris cette caractéristique car à partir d'Ocarina of Time les fées comme Navy et Taya se mettent aussi à assurer le dialogue, idéal pour accompagner un héros muet. Dans cette histoire il est assez difficile de rendre à César ce qui lui appartient car les emprunts semblent avoir été réciproques. 

 Lina Inverse

Pour reprendre la comparaison avec Slayers Friday correspondrait à Lina Inverse : toutes deux portées sur la magie, possédant un caractère bien trempé, guidant un bretteur vers les trésors...et avec un petit complexe de taille (de poitrine pour Lina!). Lina est une grande utilisatrice de magie noire, ce qui rappelle l'apparence démoniaque qu'inspire une succube.

La princesse Lara de Maple

Lara

 

La jeune princesse de Maple venue à Mercator prétendument pour étudier la musique. Elle y est en réalité retenue prisonnière... Qui viendra la délivrer ? Ryle bien sûr, enfin disons qu'il fait ça en passant. 

La géographie de Landstalker nous apprend que Maple est un royaume du continent qui a donc forcement fait partie un jour de l'empire de Nole. La comptine qui se transmet de génération en génération dans la famille royale est une des clés pour approcher son trésor, et le Duc de Mercator semble avoir découvert ce secret...

Parce que le thème de la princesse à sauver est très populaire Lara est présente dans nombre d'artworks officiels...pourtant aucun ne représente de scène réelle de jeu ! En tout et pour tout Ryle la croise deux fois, assez rapidement, néanmoins chaque rencontre est difficile à oublier. N'appartenant ni au cliché de la délicate demoiselle en détresse ni à celui du garçon manqué Lara est tout simplement une princesse trop gâtée par la vie de château et qui s'imagine que la vie est un grand conte de fées où tout va bien tant qu'on ne manque pas de désinfectant contre les petits bobos. Avec le côté anti-héros de Ryle elle est la meilleure incarnation de cette volonté dans le jeu de briser les stéréotypes des RPG. Le fameux sauvetage accompli par Ryle est à la limite de la parodie, pourtant le jeu n'oublie pas d'inclure des éléments comme le ruban bleu pour nous suggérer jusqu'au bout à une tournure romanesque.

Dans la version japonaise son nom s'écrit [ro][ri][a], que Climax retranscrit en Rolia. Néanmoins il est aussi possible de l'interpréter en Loria, ce qui devient assez proche de Lara.

 Amelia

Toujours dans le petit jeu de comparaison entre deux œuvres le personnage de Slayers qui se rapprocherait le plus de Lara est Amélia. Elles sont toutes deux princesses et ont une conception du monde assez naïve et idéalisée, même si Amélia est une vraie combattante. Et le hasard veut aussi que les deux derniers kanas de leurs noms soient identiques...

Le duc de Mercator

Le Duc

 

 Envoyé du continent sur l'île de Mercator par l'empereur Gamul, le duc apparait comme un homme affable, à l'écoute de ses sujets et veillant à leur bien-être. Raffiné aussi : il nous accueille avec quelques mots en grammorien (gamulien en VO). Façade que tout cela, en réalité sa vie de noble sur l'île est loin de satisfaire ses immenses ambitions. Une fois qu'il aura laissé tombé le masque il sera impossible de ne pas bouillir devant les remarques terriblement sarcastiques dont il gratifiera Ryle à de nombreuses reprises durant l'aventure, un vrai "chambrage" en bonne et due forme.

Du coup il apparait que le duc ait moins été envoyé que renvoyé par l'empereur, sans doute à cause de mauvais agissements. L'île semble bien être sa terre natale : on découvre en effet que Mir, qui y vit depuis longtemps, est son frère. Pas étonnant donc qu'il ait fini par avoir vent des rumeurs entourant le trésor de Nole. Bien que cela ne soit pas dit explicitement il est probable que ce soit lui qui ait envoyé au départ Kayla et sa bande à la poursuite de Friday.

 Rezo

A-t-il son équivalent dans Slayers ? Mais oui, en la personne de Rezo le moine rouge bien sûr. Mis à part un petit penchant pour le rouge ils ont tous les deux incarné une figure noble et respectable avant de dévoiler leurs sombres desseins. Ils sont ceux par qui le mal arrive... 

 

Zak

Zak
 

 Un chasseur de prime de la race des dragoniens. Il sait que la tête de Ryle est mise à prix, une prime trop faible pour qu'il y accorde son attention ; c'est parce qu'il se mettra du côté du Duc qu'ils pourront s'affronter. Cependant Zak a le sens de l'honneur et face aux methodes déloyales de ce dernier il préfèrera mener le combat à sa manière.

Le livre du making of Landstalker montre pas mal de croquis et même quelques planches de BD concernant sa rencontre avec Ryle, indiquant qu'il aurait pu y avoir des scènes supplémentaires entre eux. Il se pose en rival mais tous deux se considèrent avec un respect mutuel. On y apprend aussi que l'arme de jet qu'il utilise se nomme "boomerang axe", une hache qui revient d'elle-même à son possesseur !

En VO son nom est Zedd Zaw et il appartient à la noble tribu dragonute. Une erreur de transcription assez amusante fait qu'en VF un garde du château parle de lui comme étant "Zak le droguiste" !

  Zelgadis

Zak rappelle Zelgadis de Slayers sur plusieurs points. Le nom déjà, qui commence par le même kana, et le fait qu'ils ne soient pas (ou plus) humains. Ils ont un rôle de rival expérimenté et d'homme de main et finissent d'ailleurs par trahir leur employeur.

 

Kayla, Ink et Wally

Kayla & Co
 

Ryle et Friday ne sont pas les seuls aventuriers à la recherche du trésor du roi Nole. Ils ont comme rivaux un trio bien étrange composé de Kayla Kozwalsky, plantureuse aventurière sans scrupules et ses deux acolytes Ink le petit gros et Wally le grand efflanqué. On ne sait pas trop comment ces trois-là en sont venus à faire équipe, d'autant plus que Wally et Ink sont des monstres ! Kayla sait les discipliner avec son fouet certes, mais la fameuse scène retirée des versions occidentales montrent qu'ils sont aussi subjugués par leur maîtresse. Les scènes où ils apparaissent servent toujours le ressort comique mais ils sauront créer de réels ennuis en certains moments. N'oublions cependant pas que, en fin de compte, l'aventure n'aurait pas débuté sans eux car Ryle n'aurait pas rencontré Friday...

Comme pour Ryle leur design provient d'un autre jeu dont s'est occupé Tamaki : Shining in the Darkness.
Kayla ressemble énormément à la vendeuse du drugstore, jusqu'à porter les mêmes vêtements, bien que leurs personnalités apparaissent différentes. Ink et Wally sont tous les deux des monstres que l'on peut croiser dans le Grand Labyrinthe, à savoir respectivement un Kromeball et un Chestbeak. Ce dernier se cache justement dans de faux coffres aux trésors pour attaquer les aventuriers !

Le trio Shining in the Darkness

Dans la version japonaise Kayla se prénomme plus exactement Kala et Ink et Wally ont pour noms Zwam et Goose.

Il est étonnant de voir qu'il y a finalement pas mal de chose à dire sur ce trio. Le type de personnages qu'ils incarnent, à savoir une bande adverse aussi bête que méchante avec une femme fatale comme chef, se rencontre assez fréquemment à cette période. On peut citer notamment Secret of Mana (1993) et son Armée Scorpio.
Cette fois-ci la comparaison avec Slayers ne semble pas pertinente... Il y a bien Martina, mais elle est apparue trop tardivement et est restée un personnage solitaire.
Cependant le rapprochement avec un certain anime célèbre se révèle intéressant :

 Trio Galdys

En effet on peut remarque que Nadia, le secret de l'eau bleue (sorti en 1990 soit peu avant Landstalker) propose un trio de méchants comiques très ressemblant : la bande à Gladys. Cependant même eux sont en fait une référence à un anime bien plus ancien, Time Bokan :

 Trio Time Bokan

Time Bokan (1975) n'est jamais sorti en France et donc l'allusion n'était pas évidente mais on peut trouver des commentaires de joueurs japonais comparant directement la bande à Kayla à celle des vilains de Time Bokan. A ma connaissance cet anime est le premier à présenter un trio aussi bête que méchant avec un grand mince et un petit gros qui obéissent sans discuter à leur tyrannique maîtresse. Peut-être faut-il voir dans ce "revival" dans les années 90 de ce type de personnages un hommage de la part de la génération ayant suivit Time Bokan durant leur jeunesse... Pour la petite histoire l'image ci-dessus est en fait tirée de l'intro de Tatsunoko VS Capcom, un jeu de combat des plus improbables sorti en 2008 mêlant les personnages de Capcom et ceux des animes de la société Tatsunoko. Un revival officiel en somme !

Et Slayers alors ?

Oui, toutes ces petites remarques ont-elles pour but de dire que Landstalker est directement inspiré de Slayers ? Pas forcement. Si on tient compte des histoires de modes qui vont et viennent comme avec Kayla & Co, ne pourrait-on pas dire que ce genre de fantasy humoristique était tout simplement dans l'air du temps ? Les concepteurs de Landstalker ont pu effectvement se donner comme but de faire une ambiance "à la Slayers", reprennant plus ou moins consciemment quelques similitudes de noms... Le vrai point commun qui relie ces deux oeuvres est en fait la volonté de prendre à contre-pied les codes du genre. Dans Zelda le héros est destiné à sauver le monde et rassemblera pour cela autant de preuves de son avancée : cristaux, medaillons, etc. Dans Landstalker le héros a des motivations plus terre à terre et sa quête sera plus chaotique. Souvenez-vous, au début tout semble indiquer qu'il suffira d'amasser les joyaux les uns après les autres : on en obtient bien un, puis deux, on a même le plan pour les suivants...et patatra on se fait doubler, on ne trouvera jamais soi-même les autres ! L'aventure est imprévisible. Rajoutons une parodie de sauvetage de princesse, quelques passages osés dans la VO et il apparait clairement que le message du jeu est surtout de se démarquer. Comme Slayers, où ce genre d'humour est omniprésent. En somme, ils se ressemblent parce qu'ils sont différents.